Histoire de Fatou: Les ARV m’ont Sauvé la VIE

En 2002, Fatou et son fiancé pompiste vivent à Soubré. Fatou, élève aide soignante effectue son stage à l’hôpital général de Soubré. Lorsqu’elle tombe enceinte, son médecin lui propose de faire le test de dépistage du VIH. Ne se sentant pas prête Fatou fera traîner les choses et ne le fera pas. Depuis le début de sa grossesse, elle tombe régulièrement malade, et est beaucoup affaibli. Elle accouchera finalement de jumelles pesant près d’1 kg chacune.

Affecté par les maladies répétées de leur maman, les jumelles n’en sont pas épargnées. La première décédera deux semaines après. Désespérée et n’ayant pas assez de moyens, Fatou confie son sort et celui de sa vie aux guérisseurs, mais rien n’y fit, l’état de cette dernière s’empirait chaque jour. Sur les conseils de ses collègues et son fiancé, affecté entre temps à San-Pedro, décide d’envoyer le bébé à l’hôpital.  Fatou et sa fille effectue donc le voyage de Soubré à San-pédro.

A leur arrivée à l’hôpital  général de San-pédro, à la vue du bébé chétif,  très mal en point, la pédiatre demande à la mère de faire le test du VIH de son enfant. Le résultat est sans appel, le bébé est séropositif et son cas est très sérieux. Les médecins lui recommandent pour une meilleure prise en charge d’envoyer l’enfant à Abidjan. Que faire ? Que dire aux parents et à son fiancé qui ne sont pas informés de cette situation, Où trouver l’argent pour faire face aux soins de l’enfant ? En dépit de toutes ses questions qui se bousculaient dans sa tête, Fatou décide à son tour de faire le test de dépistage du VIH et apprend qu’elle est séropositive aussi.

Désemparée, Fatou ne dit rien à ses parents sur son statut et sur celui de son enfant. Par contre, pour faire la diversion et faire taire les rumeurs, elle raconte que les médecins lui ont diagnostiqué un problème de sang. Sa mère qui vit avec elle, pense même que c’est un sort qui leur a été jeté. Raison pour laquelle, elle ne cesse de trimbaler Fatou et sa fille de guérisseur en guérisseur. Cependant chargé de ce lourd secret, Fatou se demande si elle et sa fille survivront à cette terrible maladie, sans avoir pu bénéficier de traitement adéquat, la deuxième fille de Fatou meurt à l’âge de 18 mois. Cette dernière épreuve terrasse totalement Fatou déjà très malade et elle pense que sa fin est toute proche.

Après ces évènements tragiques, Fatou qui s’est marié entre temps avec son fiancé part  le rejoindre à san-pédro où il travaille. La santé de Fatou reste toujours précaire.

A son arrivée sur San-pédro, toujours mal en point, elle repart à l’hôpital et après les examens complémentaires est mise sous ARV. En ces ces temps là, les ARV coûtaient 5000 FCFA. N’ayant toujours pas pu faire l’annonce à son mari, Fatou éprouve des difficultés pour l’achat des ARV. Elle sollicite l’aide de bonnes volontés à chaque fois pour acheter ses ARV. Elle ira même jusqu’à vendre ses pagnes pour payer ses médicaments à l’insu de son mari. Avec la prise de ses médicaments la santé de Fatou s’améliore. Mais contre toute attente son mari perd son emploi et tous deux retournent à Soubré.

Fatou dont la santé s’est bien amélioré, reçoit une formation et commence un travail sous contrat en tant que communautaire. Les choses ne sont pas faciles au début, mais il s’y accroche. N’ayant pas pu valider son diplôme d’aide soignante dû à sa longue maladie, Fatou voit cette nouvelle opportunité comme une bouée de sauvetage. Elle veut se battre mais aussi aider les autres à s’en sortir.

En 2009, elle tombe enceinte et a peur de revivre l’expérience passée. Elle décide de faire ses consultations prénatales et suivre les conseils de son médecin traitant. Ayant réalisé son échographie, Fatou apprend qu’elle attend encore des jumeaux. Elle prend son courage à deux mains cette fois-ci et fait l’annonce à son mari pour qu’ensemble ils puissent y faire face. Le mari informé, rentre dans une violente colère et quitte le domicile familial.

Fatou se retrouve seule mais pour le bien de ses enfants, elle décide de se battre pour leur offrir le meilleur. Cette fois, sa grossesse se passe sans encombre. Elle accouchera par césarienne en Avril 2010 de jumeaux : une fille et un garçon. En accord avec son médecin, elle choisit l’allaitement artificiel.

Six semaines après la naissance des enfants leur test de dépistage du VIH se révèle négatif. Quel soulagement pour Fatou! La vie reprend son train et par personne interposée apprend que son mari demande de leurs nouvelles. Elle continuer de s’occuper de ses enfants  tout en gardant la tête haute malgré tout. Un matin, contre toute attente, son mari revient à la maison après 6 mois de séparation.

C’est en larmes qu’elle l’accueille celui dont elle espérait chaque jour le retour et la compréhension.

Elle demande pardon à son mari pour avoir mis en danger sa vie. Lui aussi s’excuse de l’avoir abandonné. Il décide de faire son test de dépistage qui se révèle négatif. Ouf, Fatou se sent plus libre maintenant et apprend à se détacher de cette culpabilité qui l’a rongé toutes ses années.

Aujourd’hui, les jumeaux de Fatou ont 4 ans et se portent bien. Ils ont commencé l’école et sont la fierté de leurs parents. Comme Fatou le dit « les ARV m’ont sauvé la vie ».

Fatou est une Conseillère Communautaire de l’ONG Orassur qui bénéficie pour cette année 2013-2014 d’un financement de la Fondation Ariel Glaser pour les activités communautaires dans la zone de Soubré.

**Fatou, est un nom d’emprunt**

N.B : Depuis 2008, les ARV sont gratuits en Côte d’Ivoire.