Ariel Glaser, pour une enfance sans Sida

By Gauz | March 11, 2014

Gauz/Yéyémagazine

Cet article a été publié dans yéyémagazine le 11 mars 2014.

Yéyémagazine a rencontré Richard Anthony Tanoh, directeur d’Ariel Glaser, ONG spécialisée dans la lutte contre le Sida pédiatrique. Interview.

Où en est la Côte d’Ivoire, dans son combat contre la pandémie du Sida?

La lutte contre le Sida en Côte d’Ivoire connaît des résultats intéressants. La dernière enquête indique un taux de 3.7% en 2010 contre 4.7 % cinq ans plus tôt. Ceci est la résultante des nombreuses actions menées par de nombreux acteurs à savoir l'Etat de Côte d’Ivoire, le Fonds mondial, le PEPFAR (plan d’urgence du président américain pour la lutte contre le Sida –NDLR) et ses agences de mise en œuvre, les autres coopérations bilatérales, le SNU et les acteurs communautaires. Il faut néanmoins continuer les efforts, les intensifier et les focaliser sur les populations dites hautement vulnérables.

Quelle est la spécificité de la lutte contre le Sida chez les enfants? Qui sont les principaux acteurs?

Les enfants sont très vulnérables en situation d'infection à VIH. La moitié d'entre eux meurent avant le deuxième anniversaire. Il faut donc une détection précoce des cas, un traitement précoce et un suivi adapté. L'autre aspect est que 90% des enfants sont infectés par le biais de la Transmission Mère-enfant (TME). Il existe aujourd'hui des moyens techniques pour la minimiser de telle sorte qu'une mère positive donne naissance à un enfant sain. La lutte contre le Sida chez les enfants passe aussi par la prévention de cette TME.

Que représente la fondation ARIEL GLASER dans cette lutte? Quel budget consacre la fondation à cette lutte?

La Fondation ARIEL Glaser est une ONG de droit ivoirien qui opère dans le domaine de la santé, notamment de la lutte contre le SIDA. Elle a été créée en 2011 et est une émanation de la fondation américaine Elisabeth Glaser Pediatric AIDS Foundation. Elle est actuellement financée essentiellement par le plan d'urgence américain dénommé PEPFAR. Les budgets se négocient sur une base annuelle. Ils sont assez importants et sont dirigés vers l'atteinte d'objectifs bien négociés.

Quelles actions ont été concrètement menées depuis sa création et quelles sont les perspectives à l'horizon 2015?

De 2011 à septembre 2013, la Fondation a apporté une assistance technique, matérielle et financière à 9 régions sanitaires couvrant 24 districts. Cela donne concrètement des actions impactant plus de 300 centres de santé dans tout le pays. Plus de 400 000 femmes ont bénéficié de service de prévention de la TME (Transmission Mère-Enfant), plus de 35 000 personnes vivant avec le VIH (PVVIH) ont reçu des soins dont les ARV (Anti Retro Viraux). Les enfants représentaient 6% de l'effectif. La Fondation Ariel Glaser, pour arriver à ces résultats, organise de nombreuses formations pour le personnel de santé, fournit du matériel et autres intrants, fait des rénovations dans certains établissements de santé, met en place des systèmes de suivi et d’évaluation efficaces. Les employés de la Fondation apportent une assistance technique régulière à tous les sites bénéficiant de son aide.

Quels sont les leviers et mécanismes de collaboration avec l'action publique?

Comment s'implique l'Etat? La Fondation n'a pas d'autre choix que de s'inscrire dans le cadre de l'action définie par le MSLS (Ministère de la Santé et de la Lutte contre le Sida–NDLR). Tous les engagements de l'Etat de Côte d’Ivoire dans notre domaine d'action nous concernent aussi. Notre stratégie est fondée sur le renforcement du système national. Ainsi donc, nous travaillons avec toutes les autorités sanitaires et les personnels de santé pour l'atteinte des objectifs qui nous sont fixés.

On aime les histoires sur Yéyémagazine, pouvez-vous nous raconter l’histoire de la Fondation Ariel Glaser?

L'histoire de la Fondation est partie d'un drame familial… Dans la célèbre série policière « Starsky et Hutch », Paul Michael Glaser incarnait Starsky. Souvenez-vous, le brun, l’inspecteur de police à la gouille et au caractère sanguin. Elisabeth, l'épouse de Paul Michael Glaser, est infectée par le Sida lors d'une transfusion sanguine en 1981. Sans le savoir, elle transmet le virus à sa fille Ariel par le lait maternel et à son fils Jack in utero. En voulant traiter leurs enfants, les Glaser découvrent avec horreur qu’à cette époque, les milieux scientifiques et les organismes de santé ont largement sous-estimé l’ampleur du Sida chez les enfants. Il n’y a aucun traitement, aucune prise en charge particulière. Malade elle-même, au lieu de croiser les bras, elle se bat pour que la spécificité du Sida chez les enfants soit connue et que les autorités en tiennent compte dans la lutte qui s’est engagée contre la pandémie. Avec ses amis, elle crée une Fondation, Elizabeth Glaser Pediatric AIDS Foundation, pour « qu'aucun enfant ne naisse avec le VIH ». Elle va jusqu’à la Maison Blanche pour faire entendre sa cause. Sa fille Ariel perd la bataille contre le Sida en 1988 et Elisabeth est, elle-même, emportée par le mal en 1994. Jack vit toujours…sous ARV (Anti Retro Viraux). Paul est vivant et négatif.